Célébrer Pâques Ensemble

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Consultation théologique entre orthodoxes et catholiques d’Amérique du Nord
Université Georgetown, Washington, DC
Le 1er octobre 2010

Le noyau de notre foi, le point central sur lequel tous les chrétiens sont d’accord, c’est le kérygme : Jésus est ressuscité, Jésus est Seigneur.

Témoins de la Résurrection du Christ, adorons le saint Seigneur Jésus, le seul qui soit sans péché. Nous vénérons ta Croix, ô Christ, et nous louons et glorifions ta sainte Résurrection. Tu es notre Dieu. Nous n’en connaissons pas d’autre que Toi, et nous invoquons ton Nom. Venez tous, vénérons la sainte Résurrection du Christ car, voyez, par la Croix, la joie est venue au monde entier.  -- Matines de la Résurrection

En réalité, en dépit de cet accord, catholiques et orthodoxes célèbrent la fête de Pâques à des dates différentes, ce qui fragmente la proclamation de cette Bonne Nouvelle de la Résurrection. 

Les conséquences de notre division sur cette question sont importantes. Les mariages mixtes doivent composer avec deux périodes de Carême et deux dates de Pâques. Le monde voit les chrétiens parler d’une voix divisée à travers leur célébration. Le scandale de cette division en empêche plusieurs d’entendre la Bonne Nouvelle de la Résurrection. 

En 2010, les calendriers ecclésiastiques oriental et occidental ont coïncidé de sorte que tous les chrétiens ont célébré la fête de la Résurrection le même jour. Les dates des jours saints vont de nouveau coïncider en 2011 mais elles divergeront par la suite.  Heureux d’avoir pu célébrer Pâques le même jour cette année, nous  nous réjouissons déjà de voir de nouveau, l’an prochain, tout le monde chrétien proclamer conjointement la joie de la Résurrection. Nous sommes convaincus que l’heure est venue de donner une solution permanente à ce problème.

En tant que membres de la Consultation théologique entre orthodoxes et catholiques d’Amérique du Nord, nous nous unissons avec empressement à tous ceux qui demandent aux autorités de s’entendre sur une décision commune et à long terme pour la célébration de la Résurrection. Comme l’a dit le patriarche melkite d’Antioche Gregorios III en parlant de la date de Pâques dans le contexte du témoignage chrétien au Moyen Orient, « comment fermer l’oreille aux appels de nos fils et de nos filles ? ... Aujourd’hui plus que jamais, il faut reconnaître les signes des temps, les initiatives remarquables auxquelles aspirent nos gens, la soif d’unité chrétienne et le besoin de progrès en ce sens, quelles que soient les mesures, grandes ou petites, qu’il faille prendre pour y arriver. »

Nous faisons écho aux appels lancés récemment, en vue de refermer cette plaie une fois pour toutes, par notre propre Consultation en 1998 et par plusieurs autres : la Consultation théologique inter-orthodoxe (1971), la Conférence panorthodoxe de Chambéry (1977), la Société de théologie orthodoxe des États-Unis (1992), la Consultation d’Alep (1997), la Conférence de Lambeth, la Fédération luthérienne mondiale et le Conseil pontifical pour la promotion de l’unité chrétienne (peu après 1997), le Dialogue entre orthodoxes et luthériens des États-Unis (2000), l’Église orthodoxe de Finlande (2001), le séminaire international tenu à l’Université catholique ukrainienne de Lvov (2009), le Conseil national des Églises des États-Unis (2010), le patriarche melkite Gregorios III (2010 et d’autres encore.

Le premier concile de Nicée (325), pierre de touche de la théologie chrétienne à travers les âges, avait été convoqué pour résoudre deux grandes questions : la controverse arienne et la date de Pâques — on voit l’importance de ces deux points pour l’unité et la vie de l’Église. 

Notre Consultation réaffirme la décision du concile de Nicée selon laquelle la fête de Pâques doit être célébrée le premier dimanche suivant la première pleine lune après l’équinoxe du printemps. 

Comme nous l’avons dit en réaction à la Déclaration d’Alep de 1997,

Le concile de Nicée voulait se fonder sur la science contemporaine pour calculer la date de Pâques. Nous estimons que ce principe est toujours valide aujourd’hui. Les observations scientifiques du cosmos révèlent la bonté et la grandeur de la création de Dieu, qu’Il a embrassée dans l’incarnation de son Fils. Qui plus est, nier une vérité observable au sujet du monde revient à rejeter le don que Dieu nous en fait. Puisque nos Églises témoignent de l’amour de Dieu pour le monde, elles doivent se servir des découvertes de la science contemporaine comme l’ont fait les Pères de Nicée.

La clé pour résoudre aujourd’hui la question conformément au mandat de Nicée consiste à déterminer l’équinoxe à partir du méridien de Jérusalem (par 35° 13΄ 47,l΄΄ de longitude) en utilisant les instruments scientifiques et les données astronomiques les plus précises disponibles. Ce qui permettra de résoudre le conflit dans nos règlements liturgiques en harmonisant les calendriers ecclésiastiques existants avec la formule de Nicée – non seulement le calendrier d’un groupe d’Églises mais celui des traditions orientales et occidentales. Comme disciples du Christ ressuscité, qui professons tous notre adhésion au mandat du concile de Nicée, nous ressentons un profond besoin d’adhérer à la formule de Nicée et de calculer l’occurrence annuelle en conséquence. Comme Églises dont la foi s’enracine dans l’Écriture et la Tradition, veillons à rester enracinées dans Celui qui est la Vérité.

La façon de résoudre le problème en conformité avec Nicée a déjà reçu l’appui de la Consultation d’Alep de 1997, qui regroupait des représentants du Conseil œcuménique des Églises et du Conseil des Églises du Proche Orient (ces deux conseils avaient organisé la Consultation d’Alep). Elle a aussi reçu l’appui de représentants de l’Église catholique, du patriarcat œcuménique et de nombreuses communautés chrétiennes[1]

En 1998, notre propre consultation a fait valoir plusieurs arguments en faveur du recours à Nicée prôné par Alep, celui-ci entre autres :

La Déclaration d’Alep expose avec précision le contexte historique de questions telles que le traitement par le concile de Nicée du rapport entre la fête chrétienne de Pâques et la Pâque juive. La pratique qui consiste à continuer de célébrer Pâques conformément à l’ancien calendrier julien a souvent été défendue, par certains chrétiens orientaux, en s’appuyant sur une décision associée à l’interdiction faite par ce concile aux Églises de célébrer la fête de Pâques «avec les Juifs ». Comme des chercheurs de nos traditions l’ont établi clairement, cette interdiction voulait éviter de faire dépendre le calcul de la date de Pâques des computs juifs de l’époque mais ne s’opposait pas à la coïncidence entre les deux fêtes. De fait, il y eut de temps à autre coïncidence entre les dates de Pâques et de la Pâque, et ce jusqu’au 8e siècle. Ce n’est que plus tard, quand le retard croissant provoqué par le calendrier julien rendit impossible toute coïncidence, qu’on en vint à interpréter à tort cet interdit comme s’il fallait que, chaque année, la Pâque juive précédât nécessairement la fête chrétienne de Pâques. 

Le besoin d’unité à cet égard est important car notre monde a changé radicalement depuis que la Déclaration d’Alep a été publiée en 1997.  Nous avons été témoins de la montée du sécularisme et des effets mondiaux de la tyrannie et de la guerre. Plus que jamais, le monde a besoin d’un témoignage et d’une proclamation unifiés du noyau de notre foi commune : la Résurrection de Notre Seigneur.

Le temps presse. À court terme, les dates de Pâques vont coïncider de nouveau en 2011, en 2014 et en 2017. Après quoi, il s’écoulera 17 ans avant une célébration conjointe de Pâques, en 2034.

Il faudra beaucoup d’éducation et de sens pastoral pour accompagner notre cheminement commun. Nous lançons aussi un appel aux médias de nos deux Églises pour leur demander de faire état de cette question avec justesse et précision. Nous insistons sur l’espérance et la joie qu’un témoignage conjoint, le jour de Pâques, pourra apporter au monde. Les enjeux pastoraux sont importants : les membres de nos familles issues de mariages mixtes pourront-ils célébrer Pâques ensemble ?  Pourrons-nous empêcher qu’une date fixe ne revienne chaque année, ce qui serait contraire au décret de Nicée, à notre théologie biblique et à notre sainte tradition ? Pour la mission de l’Église, une célébration commune soutiendrait l’unité que nous partageons déjà et contribuerait à la développer pour l’avenir.

Comme les Pères de Nicée, les dirigeants de nos Églises sont appelés à être des agents de guérison et à résoudre, une fois pour toutes, cette ancienne dispute dans la vie de l’Église. Comme membres de la Consultation théologique entre orthodoxes et catholiques d’Amérique du Nord, nous pressons l’Assemblée épiscopale des évêques orthodoxes des États-Unis, l’Assemblée épiscopale des évêques orthodoxes du Canada, la Conférence des évêques catholiques des États-Unis et la Conférence des évêques catholiques du Canada de faire entendre leurs voix pour demander ce changement dont nous sentons qu’il avantagera tous les chrétiens. Permettez-nous de proclamer ensemble, d’une seule voix, d’une seule âme et d’un seul cœur : « Christ est ressuscité ! Oui, il est vraiment ressuscité ! »



[1] http://www.oikoumene.org/resources/documents/wcc-commissions/faith-and-order-commission/i-unity-the-church-and-its-mission/towards-a-common-date-for-easter/towards-a-common-date-for-easter.html